Et si nous remettions en cause nos habitudes face au stress pour découvrir une nouvelle ressource de notre corps ?

C’est dans le cadre de nos recherches sur le stress et son lien avec le nerf vague, que nous avons rencontré Jean-Marie Defossez, docteur en physiologie, conférencier, auteur, enseignant et fondateur de la Coach-respiration®. Nous nous sommes très vite retrouvés sur l’approche pragmatique, et c’est pourquoi nous lui avons proposé de rédiger cet article sur notre blog.

Deux axes de gestions possibles

Il a clairement été montré par exemple que les stress était un facteur de vieillissement accéléré pour les individus[i]. Gérer les stress est donc une nécessité réelle pour la bonne santé de tous, y compris celle des entreprises petites ou grandes et de nos sociétés. Pour répondre à cet enjeu de taille deux grands axes de gestion du stress sont possibles. Le premier est classique. Il consiste en l’augmentation forcées des performances par l’entrainement et l’endurcissement. Les neurosciences révèlent qu’un axe différent est possible, basée cette fois sur la prise en compte de la sensibilité inhérente au vivant. Le but de cet article est de vous présenter les grandes lignes et avantages de cette approche à la fois nouvelle, riche, passionnante et porteuse d’avenir car remplie d’humanité.

Les limites de l’axe classique

Ou le stress renforce mais épuise.

Dans la gestion classique des stress, l’objectif recherché est souvent de rendre le corps plus résistant, plus fort, afin de repousser ses limites ou de les ignorer. Ce type de gestion attaque peu les problèmes à la source. Au lieu de réduire les stress, le but est de supprimer leurs conséquences visibles. Cette stratégie passe toujours par la suractivation de mécanismes d’urgence, ce qui implique de pousser le corps à produire plus d’épinéphrine (aussi appelée adrénaline) et de cortisol. En d’autres termes, le stress est combattu par plus encore de stress. Les résultats à courts termes peuvent être une endurance et une résistance accrue aux agressions extérieures. A long terme, il est établi désormais que les hauts niveaux de cortisol sont associés à un vieillissement accéléré et une réduction de l’espérance de vie[ii]. De ce point de vue, cette approche sourde aux limites et besoins fondamentaux du corps nous parait regrettable et dangereuse. A qui la conseiller ? Même si des adoucissements peuvent avoir lieu, elle ne peut par exemple convenir aux individus naufragés du stress, en épuisement physique et nerveux car ayant déjà atteint leurs limites et menacés de burn-out.

Les forces du nouvel axe de gestion du stress

Ou – répondre aux besoins du corps nous rend plus humains, créateurs et super-efficaces.

Le point de départ de ce nouvel axe de gestion possible des stress est révolutionnaire : il s’agit de considérer les points de fragilité comme autant de points positifs à prendre en compte et à cultiver. La raison est que ces fragilités sont la manifestation de besoins fondamentaux du corps (ou de l’entreprise d’ailleurs). Or les besoins fondamentaux, par définition, ne peuvent être ignorés, car tout manque est un stress. Dans cette approche, ce sont donc bien les stress eux-mêmes qui devront être traités. Quelques-uns des effets démontrés de l’abaissement des stress subis par le corps sont un accroissement durable de l’enthousiasme, de la créativité, de la santé physique et nerveuse et de l’efficacité, [iii]. Bref chacun se sent mieux, travaille mieux, vit mieux et plus longtemps.

Origine de ces performances 2.0

Ou la preuve par le nerf vague.

Les étonnantes performances qui apparaissent lorsque le niveau global de stress se réduit découle de l’existence dans le corps humain d’une nerf particulier nommé nerf vague.  Fait singulier, le nerf vague ne passe pas par la moelle épinière. Il sort du crane sous chaque oreille et plonge vers le thorax en passant par le cou. Nerf de la connexion par excellence, il relie ainsi le cerveau à tous les organes vitaux. Nerf de l’inconscient, il échappe à notre contrôle et à notre perception. Nerf de la synergie, son activité positive est maximale lors que tout, dans le corps et dans notre environnement fonctionne dans la plus grande complémentarité et durabilité possible.  

D’une part, les neuro-psychologues ont démontré que c’est l’activité de ce nerf vague qui détermine nos capacités à mémoriser, développer de nouvelles compétences, à être créatifs, à prendre en compte de nombreuses données en même temps, à nous adapter socialement et à nous monter curieux[iv]. D’autre part, les neurobiologistes ont prouvé que ce même nerf déterminait les capacités des réparations et de guérissons du corps[v]. Preuve d’un potentiel hors du commun, la stimulation du nerf vague par des dispositifs médicaux s’est révélée capable de soigner des dépressifs sévères aussi bien que des déficients cardiaques ou encore des personnes atteintes de maladies auto-immunes graves. A l’inverse, moins ce nerf est actif plus nous sommes diminués dans nos élans et notre vitalité. Plusieurs études scientifiques viennent d’ailleurs de mettre en évidence un lien net entre faible activité du nerf vague et burn-out, maladies cardiaque, fragilité face à la dépression (entre autres [vi]).

Comment stimuler le nerf vague

Ou le corps est un tout en lien avec lui-même, les autres et l’environnement.

La prise en compte du nerf vague est un guide d’action formidable. Elle implique au moins deux points essentiels : premièrement la nécessité de parler du stress au pluriels et d’autres part de tenir compte de l’ensemble des besoins fondamentaux du corps. Voyons ces deux points.

Les stress sont des menaces de déséquilibres des milieux intérieurs. Il existe donc bien d’autres stress que ceux que subit le cerveau. Il est ainsi nécessaire ide dépasser la vision stress = stress nerveux. D’autant que les stress se démultiplient entre eux, formant ce que nous nommons le niveau de stress global. L’activation du nerf vague implique de réduire au maximum ce niveau de stress global. Par exemple, quels sont les sources de stress au travail ? Il peut s’agir de la charge de travail, le poids des responsabilités et/ou encore de la cadence imposée. Mais ces éléments ne seront que quelques stress s’ajoutant à bien d’autres. Et toute démarche de prévention des stress n’aura que des effets limités si ne sont pas en même pris en compte l’ensemble des besoins fondamentaux du corps.  Quels sont ces besoins fondamentaux ? Tout d’abord le corps humain a besoin de mouvements. Vous ne pourrez jamais vous sentir au mieux et fonctionner au mieux de vos possibilités si vous restez assis des heures durant, et cela jour après jours. L’immobilité provoque notamment une stagnation lymphatique, source de fatigue et de stress élevés pour le corps.  D’autres besoins de la même importance concernent la nutrition. Chacun a besoin d’apport nutritionnel permettant d’éviter toute carence et d’assurer une flore intestinale optimale. Cela dépasse les recommandations nutritionnelles classiques basées sur les équilibres entre protéines – lipides – glucide.  Il est nécessaire de veiller en plus à des apports et assimilation suffisants en minéraux, vitamines, de substances permettant de réguler le stress oxydatif, des aliments adaptés au fonctionnement digestif complet de l’être humain. Le corps humain a aussi besoin d’être en lien harmonieux avec lui-même, les autres et l’environnement. L’approche nouvelle de gestion des stress par le nerf vague invite donc de mettre en place des temps de pratiques de bien-être où l’on (ré)apprend à sentir le corps et où le geste respiratoire est travaillé. Sont requis également des espaces riches interactions sociales heureuses et la présence visible d’un environnement aussi naturel que possible. Prendre en compte le nerf vague demande donc, écoute, apprentissage, réflexion et action à de nombreux niveaux.

Quelles motivations pour mettre en place cette nouvelle approche ?

Ou quand l’agréable et l’utile se rencontrent.

Cette nouvelle approche par le nerf vague pourra être motivée par le simple souhait de restaurer de manière durable du bien-être sur le lieu de travail.  Mieux encore, il été démontré que les états de stress réduisent la productivité. Cette nouvelle approche de gestion des stress, même si elle est consommatrice d’un peu de temps, permettra d’accroitre l’efficacité de chacun et au final la quantité et la qualité de travail effectuée par l’entreprise.

En conclusion :

Manager le stress de manière efficace implique ainsi de prendre en compte les dimensions de fonctionnement du corps, mais aussi nos besoins sociologiques, et environnementaux.  Au plus ces champs sont pris en considération ensemble et au plus l’activité positive du nerf vague sera intense. Au plus chaque individu se sentira à la fois bien et plus chacun sera positivement efficace avec un effet au niveau du fonctionnement de l’entreprise et de la société entière.  

Jean-Marie Defossez, fondateur de la Coach-respiration®


McLaughlin KA, Rith-Najarian L, Dirks MA, Sheridan MA. Low vagal tone magnifies the association between psychosocial stress exposure and internalizing psychopathology in adolescents. J Clin Child Adolesc Psychol. 2015;44(2):314-328. doi:10.1080/15374416.2013.843464

[i] Yegorov, Y. E., Poznyak, A. V., Nikiforov, N. G., Sobenin, I. A., & Orekhov, A. N. (2020). The Link between Chronic Stress and Accelerated Aging. Biomedicines8(7), 198. https://doi.org/10.3390/biomedicines8070198

[ii] Noordam R, Jansen SW, Akintola AA, Oei NY, Maier AB, Pijl H, Slagboom PE, Westendorp RG, van der Grond J, de Craen AJ, van Heemst D; Leiden Longevity Study group. Familial longevity is marked by lower diurnal salivary cortisol levels: the Leiden Longevity Study. PLoS One.

[iii] Defossez. Se proteger destress, inflammations chroniques et maladies chroniques grâce au nerf vague. 2018. Jouvence Editions. 348pp.

[iv] Porges S. W. (2009). The polyvagal theory: new insights into adaptive reactions of the autonomic nervous system. Cleveland Clinic journal of medicine76 Suppl 2(Suppl 2), S86–S90. https://doi.org/10.3949/ccjm.76.s2.17

[v] Pavlov, V. A., & Tracey, K. J. (2012). The vagus nerve and the inflammatory reflex–linking immunity and metabolism. Nature reviews. Endocrinology8(12), 743–754. https://doi.org/10.1038/nrendo.2012.189

[vi] McLaughlin KA, Rith-Najarian L, Dirks MA, Sheridan MA. Low vagal tone magnifies the association between psychosocial stress exposure and internalizing psychopathology in adolescents. J Clin Child Adolesc Psychol. 2015;44(2):314-328. doi:10.1080/15374416.2013.843464

Recommended Posts

No comment yet, add your voice below!


Add a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.