L’exosquelette, la clef contre les TMS ?

exosquelette

À l’heure actuelle, de plus en plus d’entreprises se tournent vers des solutions matérielles pour soulager le travail de leurs opérateurs. Toutes ces solutions sont de véritables avancées sur le sujet de la réduction de la pénibilité de certaines tâches liées à la manutention manuelle.

Devons-nous choisir cette assistance au travail pour soulager tous les maux liés au travail physique ?

Petit rappel historique sur la conception et l’utilisation des exosquelettes. Initialement conçus pour permettre à des personnes en situation de handicap de retrouver de la mobilité (principalement pour des paraplégiques et parfois pour des tétraplégiques) les exosquelettes sont aussi un sujet qui intéresse l’armée. En effet, afin d’assister les soldats à faire certaines actions comme le déplacement de matériel en terrain hostile, la multiplication de la force, assurer une meilleure protection des soldats… différents exosquelettes ont été conçus (notamment l’armure TALOS : Tactital Assault Light Opérator Suit).

L’objectif annoncé des exosquelettes commercialisés aux entreprises, est de diminuer la difficulté/pénibilité de certaines actions réalisées par les opérateurs. Mais est-ce que diminuer la difficulté permet de protéger les opérateurs face aux TMS ? Un exosquelette permet-il à lui seul de protéger les opérateurs des TMS ?

Pour l’instant, les études montrent qu’on ne connaît pas tous les impacts de ces solutions. Laurent Kerangueven (ergonome de l’INRS) rappelle d’ailleurs « Les exosquelettes peuvent soulager certaines contraintes musculaires locales, mais ne réduisent pas l’ensemble des contraintes biomécaniques, ils ne permettent pas d’agir sur la répétitivité des gestes par exemple. Il existe également un risque de déplacer ces contraintes sur d’autres parties du corps ». De plus, Jean Theurel (physiologiste de l’INRS) précise que différentes études investiguent actuellement «  les conséquences de l’utilisation des exosquelettes sur l’activité musculaire, l’équilibre, la posture ou encore les coordinations motrices ». Pour information, l’émission présentée le 19 Novembre sur la chaîne « Travail et sécurité » (lien en fin d’article) présente dans les grandes lignes l’avancée de l’INRS sur le sujet ainsi que deux mises en application dans des entreprises différentes (FM Logistic et Bridgestone).

Le message général de cette émission est le suivant : les exosquelettes sont des outils intéressants permettant de réduire l’activité de certains muscles, mais qui n’ont pas encore prouvé leur efficacité pour réduire le risque de TMS. Il convient donc de rester prudent quant aux effets sur le moyen et long terme qui restent pour l’instant inconnus. À l’heure actuelle, aucune étude ne montre (pour l’instant) l’impact du travail en hauteur assisté par exosquelette. Est-ce que malgré l’exosquelette, l’acromion vient toujours écraser le tendon du muscle supra-épineux (un tendon qui est écrasé quand le coude dépasse la hauteur du cœur, la source de nombreuses pathologies des épaules).

De plus, le poids du dispositif a un impact direct sur la fréquence cardiaque des opérateurs. Enfin l’utilisation d’une telle technologie à un impact sur l’autonomie des opérateurs et sur leur charge mentale, ce qui engendre des Risques Psycho-Sociaux (RPS) aux opérateurs.

Quelques conseils à respecter pour tenter une intégration d’un exosquelette en entreprise

Afin de proposer une amélioration durable des situations de travail, il convient de respecter les grandes étapes suivantes :

  • Avant tout vérifier qu’une simple réorganisation du travail ou un réaménagement de poste ne suffit pas pour réduire le risque de TMS.
  • Ensuite, si la première solution ne suffit pas, investiguer le travail en question pour en découvrir les besoins (quels angles d’inclinaison du dos pendant le travail, quelles charges soulevées, à quelle fréquence, quels sont les muscles principalement sollicités..). Réussir à caractériser les activités réalisées pour s’orienter vers la bonne solution.
  • Étudier l’interaction Homme – Exosquelette afin de s’assurer de la viabilité du travail avec cette assistance. Il convient également de rappeler que pour initier une telle démarche, il est indispensable de faire un groupe de travail composé de volontaires intéressés par le sujet.
  • Enfin, pour s’assurer de l’efficacité de la démarche, évaluer les résultats à court, moyen et long terme. Comme dans toute démarche, il est important de rester « neutre » en cherchant à objectiver les impacts obtenus (positifs ou négatifs).

Vous l’aurez compris, les exosquelettes sont des outils relativement nouveaux dans le milieu de l’entreprise et les retours scientifiques sur son impact à moyen et long terme sont encore peu nombreux. Il convient donc de rester prudent quant aux solutions présentées comme miraculeuses par certains concepteurs/revendeurs. Les exosquelettes ne permettent pas encore d’éviter le risque de TMS, mais restent des pistes à investiguer quand l’analyse du travail réel ne permet pas de trouver de solution de réorganisation du travail ou de réaménagement matériel du poste.

Sources :

« Rendez-vous de Travail & Sécurité – Les exosquelettes » – INRS France

« TALOS, l’exosquelette de l’armée U.S. : une armure connectée » – objectconnecte.net

Pour avoir plus de réponses au sujet des exosquelettes et de leur intégration dans votre entreprise, n’hésitez pas à vous référer à ce guide très intéressant : Télécharger le PDF

Etienne Gouguet, Ergonome

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